La médecine mobile: «Nous y sommes?»

Editorials / Commentaries

Karim Jessa, MD, FRCPC;

Tiré de Medical Informatics, York Central Hospital, Richmond Hill, ON, et North York General Hospital, North York, ON.
Cet article a été évalué par des pairs.
© Association canadienne des médecins d'urgence

CJEM 2012;14(2):69-71

On dit souvent que «savoir, c'est pouvoir». En médecine, pouvoir accéder sur-le-champ aux renseignements appropriés peut être un atout très puissant pour le patient et le médecin. Le fait d'avoir accès aux renseignements sur les médicaments et sur le diagnostic et le traitement peut avoir une incidence pendant toute la durée de l'hospitalisation d'un patient. Dans le numéro de janvier/février du JCMU, Worster et Haynes présentent une méthode de six pages relative aux questions prioritaires suivant un diagnostic.1 Même si cette méthode est très pertinente, les questions préliminaires et les questions prioritaires sont mises ensemble pour en arriver à un diagnostic et au plan de traitement subséquent.

Toutefois, il ne suffit pas d'avoir accès à l'information. Les renseignements pertinents doivent être accessibles au moment approprié pour qu'ils aient une réelle valeur pour le patient devant vous. Dans le domaine des soins de santé, notre travail nous amène à être en mouvement et nous devons avoir accès à l'information partout, en tout temps. De plus en plus, l'information doit être accessible à partir d'un appareil mobile. L'utilisation accrue des téléphones intelligents dans la population en général et en particulier dans le domaine des soins de santé représente une formidable occasion d'augmenter la sécurité et l'efficacité pour les patients.

Les auteurs ont raison d'affirmer qu'il est difficile de faire des études détaillées, des enquêtes, et des recherches exhaustives pour trouver des renseignements sur les malades et des renseignements généraux aux points de service. Toutefois, grâce à la technologie mobile et à l'accès omniprésent à Internet, la bibliothèque se trouve au chevet du patient. Comme l'a montré Apple, «C'est une question d'applications, chéri(e).» Jamais auparavant il n'a été aussi facile d'avoir accès à autant de renseignements, pour les fournisseurs de soins comme pour les patients. Worster et Haynes ont raison d'écrire qu'il faut vérifier la source des renseignements,1 mais même Wikipédia, qui applique une philosophie d'autonomie, veille à ce que les renseignements médicaux douteux soient rapidement éliminés et souvent remplacés par des renseignements fournis par des spécialistes. Avant de se rendre au service des urgences, les patients consultent souvent les mêmes sources d'information que les médecins. Combien de fois les médecins d'urgence (et les médecins en général) ont-ils vu le diagnostic ou la thérapie proposés remis en question par un patient?

Le clinicien doit faire la synthèse de tous les signes, les symptômes, et les renseignements généraux. Une aide réelle à la décision clinique consisterait à intégrer les renseignements existants sur le patient à la future prise en charge. Par exemple, l'ajustement de la posologie de l'héparine ou de l'héparine de faible masse moléculaire en fonction de la clairance de créatinine du patient, ou la posologie automatique de la warfarine conformément au rapport international normalisé. Une aide plus avancée à la décision clinique pourrait consister à offrir différents antibiotiques en fonction des renseignements sur la prévalence d'agents antimicrobiens et de pathogènes dans certaines régions. Cela pourrait permettre d'offrir le meilleur antibiotique à une femme présentant les signes et les symptômes d'une infection urinaire, par exemple. De plus, grâce au regroupement des dossiers médicaux et des diverses sources d'information, comme les renseignements sur les médicaments obtenus des pharmacies et les renseignements de laboratoire du Système d'information de laboratoire de l'Ontario (SILO), il serait concevable qu'un individu à qui l'on a prescrit des macrolides pour une pneumonie doive plutôt recevoir des fluoroquinolones, ayant déjà reçu une prescription de macrolides au cours des 3 derniers mois. Dans le cas des patients hospitalisés, on constate déjà les avantages des modèles d'ordonnances normalisés et des rappels électroniques dans la réduction de la morbidité lors de la prescription d'une prophylaxie pour une thrombose veineuse profonde à un patient hospitalisé.2 Voilà la valeur d'un réel système d'aide à la décision clinique (SADC).

Worster et Haynes ont avancé qu'un SADC simplifié contiendrait un générateur de diagnostics différentiels comme celui déjà offert par certains produits disponibles sur le marché, comme le PEPID1 (<http://www.pepid.com>). Ces produits représentent une riche source de renseignements validés. Qui plus est, le médecin d'urgence accède à ces renseignements au chevet du patient. Cet accès au point de service est particulièrement important pour un médecin d'urgence, car les interruptions peuvent prolonger la rencontre avec le patient. En outre, le fait de consulter la source d'information devant le patient et/ou un membre de sa famille rend ces renseignements plus crédibles et contribue à augmenter la satisfaction du patient et du médecin, ainsi qu'à diminuer le nombre de plaintes.

Il y a des preuves très convaincantes selon lesquelles le fait d'avoir les applications à portée de la main augmente la sécurité des patients. Tel qu'il est mentionné dans le rapport de l'Institute of Medicine intitulé To Err Is Human, il se produit souvent des erreurs de médication en médecine, et celles-ci font augmenter le taux de morbidité et de mortalité chez les patients.3 Des applications comme EPOCRATES (<http://www.epocrates.com>) et PEPID fournissent la posologie habituelle des médicaments, tandis que les versions améliorées contiennent un vérificateur de l'interaction entre les médicaments qui pourrait favoriser de meilleures habitudes de prescription. De plus, la catégorie des applications médicales de la Boutique Apple ne contient pas moins de 2 076 applications (au moment de rédiger ces lignes). Ces applications varient de simples calculateurs médicaux au dossier de santé électronique complet. Il existe aussi des services comme Medscape (<http://www.medscape.com>), qui offrent des manuels et autres documents de référence pour tablettes et téléphones intelligents.

La technologie mobile offre aussi l'avantage d'une meilleure communication entre les cliniciens. Le mythe concernant l'utilisation des téléphones cellulaires dans les hôpitaux a été démystifié. Beaucoup de cliniciens ont troqué le téléavertisseur contre le téléphone cellulaire ou intelligent. En outre, avec l'apparition des médias sociaux et des applications comme BlackBerry Messenger (<http://www.blackberry.com>) ou même la messagerie texte, l'information peut être transmise rapidement et il est possible de répondre à des questions en temps réel. L'utilisation de la caméra sur le téléphone intelligent ouvre la porte sur un large éventail de possibilités pour améliorer les soins aux patients. Des images d'électrocardiogrammes peuvent être envoyées à des spécialistes externes pour un examen plus approfondi. Des photographies d'écrans du PACS contenant des images de radiographies, de tomographies par ordinateur, ou de résonances magnétiques peuvent être transmises partout dans le monde à des fins d'échange d'information ou de prise de décisions liées au transfert des patients. Les décideurs devront tenir compte des questions de confidentialité, mais entre un retard de diagnostic ou un retard de transfert et la protection des renseignements personnels, la plupart des patients accepteront de divulguer l'information.

La disponibilité et l'adoption accrues de tablettes comme l'iPad d'Apple (<http://www.apple.com>), le Galaxy de Samsung (<http://www.samsung.com>), et le Playbook de BlackBerry accéléreront la révolution de la santé mobile. Le système informatisé d'entrée des ordonnances médicales permet d'accroìtre la sécurité des patients et devrait devenir plus facile à utiliser aux points de service disposant de tels systèmes. La documentation par les médecins devrait aussi devenir plus facile aux points de service.

La santé mobile pourrait révolutionner l'interaction entre les cliniciens et les patients. Elle permet d'accroìtre la sécurité et l'efficacité et permet d'accéder à des renseignements qui étaient autrefois très difficiles à obtenir. Un brillant avenir se dessine pour l'avenir de la médecine et des patients que nous aidons!

References

  1. Worster A, Haynes RB. How do I find a point-of-care answer to my clinical question? CJEM 2012;1:31-35.

  2. O'Connor C. Medical admission order sets to improve deep vein thrombosis prophylaxis rates and other outcomes. J Hosp Med 2009. 4:81-9, doi:10.1002/jhm.399.

  3. Kohn LT, Corrigan JM, Donaldson MS, editors. To err is human: building a safer system. Washington (DC): National Academy Press; 1999.